Au secours des langues nationales
Cameroun Tribune, 20.12.2004: Le concours scolaire organisé la semaine dernière à Douala par la Fondation Africavenir pose des problèmes profonds. La finale du concours de langue nationale a permis au public de passer un moment agréable et non moins instructif. [Article, html]
Une tranche de bon temps, mais pas seulement. La finale du concours de langue nationale, organisée mercredi dernier à Bonaberi par la fondation Africavenir, a permis au public de passer un moment agréable et non moins instructif. Dans une ambiance qui rappelle plutôt celle des compétitions de rap, les élèves des trois collèges concurrents ont fait étalage de ce qu’ils savaient, chacun, dans sa langue maternelle. Qualifiés à l’issue d’une phase éliminatoire, le Collège du Levant, le CES de Sodiko et le Collège Nguesson ont présenté des candidats dans les épreuves de chant et de danse, de traduction, de lecture et d’écriture. En langues douala, bassa, bamileke, bamoun, ewondo ou mbo. Avec plaisir pour certains et angoisse pour d’autres, les candidats ont essayé de montrer qu’ils pouvaient chanter et danser comme on le fait dans leurs terroirs respectifs. La plupart n’était pas toujours à l’aise dans des exercices auxquels on ne les a pas habitués.
Mais pour le prince Alexandre Kum’a Ndumbe III, c’est sans doute la prise de conscience de cette jeunesse-là qui compte. L’enjeu est si important que le prince René Bell est personnellement venu assister à la manifestation. Le vénérable patriarche, 78 ans dans deux mois, qui a offert des prix aux concurrents, rappelle ” qu’avant la colonisation, nous avions des civilisations “. ” Avant le français ou l’anglais, conseille-t-il, parlez d’abord votre langue maternelle “. Pour enfin souhaiter que plus tard, l’Afrique se choisisse une langue commune, le swahili en l’occurrence. Le président Chissano du Mozambique n’a-t-il pas récemment tenu un discours dans cette langue à la tribune de l’Union africaine ? A ce propos, l’UA s’est dotée, depuis deux ans, d’une Académie africaine des langues. En 2005, cet organisme déclarera l’année 2006 année des langues africaines. L’un de ses objectifs est de faire instituer l’enseignement de ces langues dans nos pays.
L’Afrique du Sud semble être à la pointe de cet autre combat puisque là-bas 11 langues nationales, y compris l’anglais et l’afrikaans, sont officielles. Le zoulou, le venda et autres xhosa sont enseignés dans les écoles et le Pr Kum’a Ndumbe III, à la faveur d’un voyage à Pretoria, a rapporté des échantillons d’ouvrages pour enfants dans ces langues. Mais le must, c’est sans doute le livre de contes écrit par Nelson Madiba Rolishasha Mandela. Une oeuvre dont la version originale en xhosa a été offerte au collège du Levant ” Super Bao “. Vainqueur du concours, le Levant et ses adversaires nous ont appris que ” esukudu ” est le hibou en douala, que ” pure ” est le pigeon bamoun, que les Ewondo appellent le corbeau ewuwali. En revanche, ils ne savaient pas comment on dit chauve-souris en foufoulde. Nous non plus. Et c’est là tout le drame.
Stéphane TCHAKAM
[20/12/2004]