L’Afrique est en pleine renaissance
Discours du Prince Kum’ a Ndumbe III, prononcé à l’occasion de l’ouverture de l’exposition de Christian Kingue Epanya à AfricAvenir Douala. [Article, pdf]
Douala, le 8 juin 2006
L’Afrique est en pleine renaissance, le Cameroun est en pleine reconstruction
Exposition Christian Kingue Epanya 8-10 juin 2006
Discours du Prince Kum’a Ndumbe III, 8 juin 2006
A bona basu, a mboa na makom,
Biňo po la bwam!
Muna su na muna ňango’asu nde di ma bola no edube yasam wenge. Muna ňongo a buki te oa bambele mo konda. Christian kingue Epanya, di ma bambele oa konda wenge o ňola betaňsedi dia longo di ma bola no. Maduta mongo ma londise biso na kumba. Mboa e teleye oa mombe mese. Loba momene a bate o namse oa. Esimo !
(Chers compatriotes, chers amis, soyez les bienvenus!
C’est à notre enfant et frère que nous rendons un grand honneur aujourd’hui. « Quand ton frère te dépasse, alors, porte-lui la chaise », dit le dicton. Christina Kingue Epanya, aujourd’hui, grâce au génie de tes doigts, nous te portons la chaise. Tes illustrations et peintures nous rendent fiers. Que toutes les portes te soient ouvertes. Que Dieu renouvelle sa bénédiction sur toi. Gloire !)
Majesté, Excellence, Honorables Invités, chers amis,
C’est avec joie qu’aujourd’hui aussi, nous vous ouvrons les portes d’AfricAvenir, fondation pour la renaissance de l’Afrique. Nous sommes rassemblés aujourd’hui pour honorer un fils, un frère, Christian Kingue Epanya, qui a œuvré pour offrir au monde l’excellence d’une Afrique en renaissance, d’une Afrique fière et debout.
Nous devons être clair : seule l’excellence est assez bonne, seule l’excellence peut être suffisante pour sortir l’Afrique de la dérive. Les six derniers siècles ont contribué à perdre l’Africain, à faire de lui un être qui a honte de lui-même. Les siècles de l’esclavage, de la colonisation, de l’évangélisation déracinante, du néo-colonialisme et des dictatures postcoloniales ont plongé l’Africain dans un doute profond de sa propre valeur.
Cette longue nuit de tragédie a engendré un Africain qui a perdu ses repères, qui ne sait plus qui il est, d’où il vient, un Africain qui a perdu l’orientation de son avenir, incapable de vision pour la libération totale de son pays et de son continent, incapable de projection à long terme pour le développement moderne et postmoderne de sa société. Alors, on s’étonne du sauve-qui-peut pour la survie, de l’enfermement de 90% de la population active dans le secteur informel, cercle vicieux de la pauvreté comme au Cameroun, un pays pourtant si riche.
On s’étonne de la gabegie insultante, de la corruption structurelle qui nous enfonce dans le mal développement, on s’étonne du vol au vu et au su de tout le monde, de l’impunité devenue institutionnelle dans un si grand nombre de pays africains. Oui, on s’étonne que la jeunesse voudrait seulement fuir et partir.
Et pourtant, il n’y a rien d’étonnant. Quand un peuple a perdu ses repères et ses valeurs propres, il devient comme un camion sans frein qui du haut de la montagne, s’enfonce dans le précipice. Quand vous avez volé l’âme à un être humain, alors, vous pouvez en faire ce que vous voudrez : votre pantin, votre prostitué, votre esclave qui va se plaire dans son esclavage. Ce qui est arrivé à l’Homme d’Afrique est dramatique car il a été profondément détourné de lui-même.
Or tant qu’il ne se sera pas retrouvé, tant qu’il n’aura pas renoué avec ses valeurs fondamentales, tant qu’il n’aura pas redécouvert son savoir acquis depuis des millénaires, tant qu’il ne se sera pas réconcilié avec lui-même pour redéployer son génie propre, il restera le mauvais élève des autres, le discours sur le développement restera un bavardage dangereux, une distraction des populations pour les appauvrir plus encore.
Majesté, Excellence, honorables invités, chers amis,
Tout au long de ce parcours dramatique de ces six derniers siècles, des Africains se sont toujours levés pour dire non, parfois au prix de leur vie, des filles et des fils de notre continent ont toujours su lever la tête pour réclamer la valeur de l’héritage ancestral, pour conserver le legs bâti depuis des millénaires.
Oui, nous avons toujours su produire de vaillantes filles et de vaillants fils qui ont placé l’intérêt suprême de la nation au-dessus de tout, ils ont résisté dans cette adversité, dans cette agression planifiée et généralisée contre nos peuples. C’est grâce à cette énergie positive héritée d’eux qu’aujourd’hui, certains d’entre nous perçoivent la lumière qui indique les chemins de notre avenir.
L’Afrique est en pleine renaissance, le Cameroun est en pleine reconstruction, n’indisposez plus l’héritage des ancêtres. Laissez-moi dire ce qui m’est dit : que ceux qui continuent à souiller les eaux du Wouri se repentent avant la fin de la saison des pluies.
Etia Kum yá wolo bebolo baňu ba nyakaka. O si ben te lambo, o si tapa mo. Konda e titi te ňongo, o si ja o ten. Na kwadi nde nje ba kwalane no mba ná na langwe. (L’Etia Kum ne peut plus tolérer vos oeuvres d’impureté. Si quelque chose n’est pas à toi, n’y touche pas. Si un fauteuil ou trône ne te revient pas, ne t’y assois pas. J’ai dit ce que l’on m’a dit d’annoncer).
Nos structures traditionnelles ont le devoir sacré d’offrir des lieux de repères à nos peuples, d’être des sources d’enracinement et de mémoire de notre passé collectif. Nos structures traditionnelles ont le devoir d’être des lieux de rencontre et de dialogue pour inventer la modernité sans nous perdre. Ce dialogue, même si contradictoire et critique, doit nous mener à la construction de notre futur collectif, il doit nous rendre capable de dialoguer et d’échanger la tête haute avec les autres peuples de la terre.
Voilà le rôle que moi, à titre de Prince Bele Bele, j’ai assigné à la fondation AfricAvenir depuis 1993.
Les trois dernières semaines, nous avons célébré le cinéma africain. Désormais, AfricAvenir vous convie à une séance de cinéma africain tous les mercredi et samedis à 16H et à 19 H.
Dans le secteur de l’économie, la fondation organise du 11 au 16 septembre 2006 la deuxième partie du forum de dialogue sur « Les stratégies de survie des populations camerounaises dans une économie mondialisée ». Nous mettrons l’accent sur la question : « Comment sortir de l’informel ? ». La fondation serait heureuse d’être contactée pour votre aimable collaboration. Le « Cercle des amis de la Fondation AfricAvenir » a été crée. Ne voudriez-vous pas nous rejoindre pour que nous bâtissions ensemble ?
Majesté, Excellence, honorables invités, chers amis,
Aujourd’hui, grâce à Christian Kingue Epanya qui a fêté ses cinquante ans samedi dernier, nous célébrons l’excellence africaine dans la modernité. Regardez ces bandes dessinées à l’aquarelle comme dans « Planète enfants », ces livres illustrés à l’acrylique et ces tableaux peints aux encres de couleur, et admirez !
Chacun de nous, chacun de nos enfants va se retrouver dans ces livres de contes, dans ces illustrations, et le produit est beau, magnifique, il peut être montré à Douala, à Nairobi, à New-York, à Paris, à Moscou, à Tokyo, avec fierté. Ce n’est pas de l’à peu près, ce n’est pas du bricolage. Et c’est l’œuvre d’un des nôtres.
Voilà ce que l’Afrique d’aujourd’hui, voilà ce que le Cameroun d’aujourd’hui attend de chacun de nous, chacun dans son domaine d’activité et d’engagement. L’excellence est le seul critère de référence sur ce chemin de la reconstruction de nous-mêmes.
Voici devant nous un ancien étudiant de biologie, un cadre chez Elf-Serepca, responsable du chargement de pétrole en mer qui abandonne ce monde de confort financier pour céder à la pression intérieure de sa vocation. A 34 ans, il rentre à l’école des Beaux Arts Emil Cohl à Lyon et depuis sa sortie en 1992, Christian impressionne avec ses bandes dessinées, ses illustrations et ses peintures. Il parcourt le Gabon, l’Afrique du Sud, la Namibie, le Sénégal, le Cameroun, s’inspire de la vie quotidienne et forme de jeunes talents dans des ateliers à travers l’Afrique.
Il va nous livrer de très beaux livres : « Toussaint l’Ouverture, le défenseur des Noirs d’Haïti », « Abebe Bikila, le champion aux pieds nus », « Le petit camion de Garoua », « Léopold Sédar Senghor, le poète-président du Sénégal », « le Taxi-brousse de Papa Diop », « Koumen et le vieux sage de la montagne », « Malin comme 10 singes », et bien d’autres encore. Tous publiés chez de grands éditeurs en France, aux Etats-Unis, en Suisse.
Il décroche en 1993 le « Prix Unicef » et est aujourd’hui un invité régulier à la Foire internationale du livre de Bologne, la « Mecque de l’illustration pour enfants ». Mais Christian a une envie : publier chez lui aussi, au Cameroun. Nous nous sommes rencontrés, nous nous sommes dit : nous allons éditer tes livres chez toi, au Cameroun. Aujourd’hui, le projet est en route. Le premier livre sortira dans quelques mois, en collaboration avec Jeanne Awono et moi-même : le conte « Masomandala/Jeki la Njamba Inono », dans sa version de 1916, sera illustré par Christian Kingué Epanya et publié en duala, avec des traductions en français et en ewondo aux Editions AfricAvenir.
J’en suis ravi et je demande au maître de prendre la parole et de nous guider dans les jardins de ses merveilleuses créations artistiques. Je vous remercie !
Prince Kum’ a Ndumbe III.