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Dialogue Forum 2/2004: Les langues africaines comme moteur de développement

Vous ne parlez pas la langue du blanc en Afrique noire? Alors, vous êtes mis hors circuit. Hors du circuit politique, hors du circuit économique, hors du circuit juridique, etc. Blanchissez d’abord votre parler, alors, on vous donne la carte d’accès pour participer à la gestion de votre pays, pour vous intégrer dans le circuit formel de l’économie. Alors, vous pouvez devenir un intermédiaire chez vous pour les grandes puissances et les multinationales. Sinon, retournez dans votre brousse avec vos dialectes africains que personne ne comprend et qui vous maintiennent dans le sous-développement, l’ignorance et la barbarie! Voici le discours qu’au fil des siècles, surtout depuis la colonisation et ses politiques d’assimilation, les maîtres étrangers nous ont appris à répéter. Aujourd’hui, nous, cadres et responsables africains qui avons si bien brillé sur les bancs de l’école du blanc, nous avons élevé ce discours en institution, dans les moindres structures de nos pays et de nos relations internationales. J’ose affirmer tout haut que nous sommes dans une erreur fatale, nous sommes tombés dans un piège qui nous a été si bien tendu, parce que minutieusement préparé depuis l’enfance de chacun de nous, à l’école, à la radio, à la télévision, dans la rue, dans nos rêves. Oui, j’ose affirmer que nos langues africaines sont le véritable moteur pour un développement durable en Afrique. La bataille sera peut-être longue, mais il faudra bien la gagner!

Les handicaps des langues étrangères dans l’éducation en Afrique noire aujourd’hui sont analysés. Les échecs scolaires qui empêchent l’écrasante majorité de la population à accéder à un niveau supérieur de l’enseignement à cause du handicap des langues étrangères, l’exclusion de cette majorité de la population du système économique formel pour les réduire à l’informel pendant toute une vie, l’exclusion par là même d’une participation active à la gestion politique et économique du pays, voilà le débat que nous, à AfricAvenir, ouvrons avec ce numéro de DialogueForum. Mais nous ne nous arrêtons pas à la critique du système d’utilisation des langues européennes chez nous. Sous le slogan « Je parle, j’écris ma langue, et toi? » nous avons organisé en octobre et novembre 2004 des compétitions sur les langues camerounaises entre établissements scolaires de Bonabéri à Douala. Nous avons été les premiers surpris de l’engouement des jeunes et des enseignants pour nos langues. Des 20 établissements scolaires contactés pour la compétition, 16 ont participé, en envoyant 1600 élèves concourir individuellement, chacun dans sa langue maternelle, entre octobre et novembre 2004 à la Fondation AfricAvenir à Bonabéri. Avec les autres élèves, parents et autres citoyens venus encourager les participants, notre salle s’est toujours avéré extrêmement petite, et il fallait à chaque fois installer des bâches dehors avec des hauts parleurs. Les contes merveilleux racontés dans nos langues, que ce soit en tpuri, en bulu, en duala ou foulfouldé ont atteint le public comme si tout le monde parlait la langue dans laquelle le conte était raconté. La magie du conte et la technique du conteur, vous avez dit? Avec ce numéro, AfricAvenir lance un débat fondamental sur nos langues, véhicules profonds de notre pensée, de nos rêves et de notre vision du monde. Ce débat se poursuit aussi sur notre utilisation des langues européennes, qui devraient être des langues partenaires, des langues de dialogue et non des langues de domination et d’exclusion.

Prince Kum’a Ndumbe III
Professeur d’Université

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